Les feux d’artifice de l’Armada, c’est à eux qu’on les doit : “C’est de la haute couture !”

C’est un splendide spectacle, très attendu, qui ponctue chaque soirée de l’Armada de Rouen. Coût, organisation… 76actu s’est plongé dans les coulisses des feux d’artifice.

Chaque soir de l’Armada, du 8 au 17 juin 2023, un feu d’artifice illumine le ciel de Rouen (Seine-Maritime). Mais qui se cache derrière ce spectacle pyrotechnique qui ravit les visiteurs ? 76actu a pu le découvrir en étant autorisé à franchir les barrières qui interdisent provisoirement l’accès à la pointe de la presqu’île Rollet, là où sont tirés les dix feux de l’Armada 2023.

L’artificier de la Coupe du monde

Sur place, plusieurs batteries de mortiers − les tubes contenant les bombes d’artifice qui explosent en l’air − sont regroupées sur une étendue d’herbe grillée par le soleil. Le terrain se situe en face du quai de Waddington où sont amarrés les voiliers de l’Armada. « Ils se trouvent à environ 180 mètres de nous », indique Michel Boisnault, responsable de projet chez Grand Final.

À moins de 200 mètres des quais de Waddington où sont amarrés les navires de l'Armada,
À moins de 200 mètres des quais de Waddington où sont amarrés les navires de l’Armada, « on entend les applaudissements de la foule et les sirènes des bateaux, c’est incroyable ! », s’enthousiasme Michel Boisnault. (©VL/76actu)

C’est la première fois que cette entreprise implantée à Chilly-Mazarin (Essonne) œuvre sur l’Armada. Pour autant, ses créations ne sont pas inconnues des Rouennais, comme le rappelle notre interlocuteur : « On s’est occupé pendant 12 ans du feu d’artifice du 14-Juillet, du temps où il était encore tiré sur les ponts. »

Grand Final dispose notamment d’un savoir-faire dans la réalisation de spectacles pyrotechniques pour de grands événements sportifs. « On a travaillé sur la Coupe du monde au Qatar, la dernière finale de la Ligue des champions de football à Istanbul et on sera là pour la prochaine Coupe du monde de rugby en France. »

Ce boitiers permet de synchroniser le déclenchement des artifices. Il y en a cinq sur site, chacun d'entre eux comptant 70 connexions.
Ce boitiers permet de synchroniser le déclenchement des artifices. Il y en a cinq sur site, chacun d’entre eux comptant 70 connexions. (©VL/76actu)

350 bombes en 15 minutes !

À Rouen, Michel Boisnault dirige une équipe de quatre artificiers, lui inclus. « Notre installation a demandé une journée de préparation avant l’Armada. On revient tous les jours pour la recharger. » Et assurer le tir.

Chaque soir, ce sont environ 350 bombes qui explosent dans les cieux rouennais. Les plus grosses mesurent 15 centimètres de diamètre. Elles s’envolent jusqu’à 150 mètres de hauteur. Et leurs détonations ne passent pas inaperçues. « On utilise beaucoup de grosses bombes, admet le responsable de projet. C’est un feu très vertical, lié à des contraintes de sécurité qui nous obligent à utiliser une surface au sol restreinte. »

Les artificiers de l'Armada de Rouen 2023 utilisent des bombes qui explosent jusqu'à 150 mètres dans le ciel de Rouen !
Les artificiers de l’Armada 2023 utilisent des bombes qui explosent jusqu’à 150 mètres dans le ciel de Rouen ! (©VL/76actu)

Les feux d’ouverture et de clôture, tirés les jeudi 8 et samedi 17 juin, durent plus longtemps (20 minutes) et présentent des effets spécifiques. Les huit autres spectacles, d’une durée de 15 minutes, obéissent à « une chronologie en couleur », reprend Michel Boisnault. « On utilise quatre couleurs dominantes − le bleu, le rouge, le vert, le jaune – et leurs nuances, qui reviennent chacune à quatre jours d’intervalle. »

D’où le fait que certains spectateurs ont pu avoir l’impression de voir deux feux d’artifice identiques. « Par exemple, les spectacles du deuxième et du sixième jour [soit vendredi 9 et mardi 13 juin, NDLR] présentaient la même couleur dominante. » Certains motifs se répètent aussi chaque soir. « La salve finale est toujours la même, dans les tons blancs-argent. »

La table de tir.
La table de tir. « On a juste à appuyer sur un bouton et le programme se déroule », indique Michel Boisnault. (©VL/76actu)

« C’est de la haute couture ! »

Par ailleurs, « c’est un feu en musique, il suit le timing de la musique diffusée depuis la grande scène des concerts ». Sans surprise, la bande-son s’inspire de l’univers maritime. L’artificier s’adapte aux demandes de ses clients. « C’est de la haute couture, pas du prêt-à-porter ! », lance Michel Boisnault.

L’intéressé se montre en revanche moins dissert sur le coût de la prestation. « Il faut demander au commanditaire », l’Armada, qui renvoie elle-même vers son prestataire. Selon le directeur de Grand Final, Stéphane Bazoge, un seul feu d’artifice à l’Armada représente une somme équivalente au « budget moyen d’un feu du 14-Juillet pour une commune de 30 000 à 40 000 habitants ».

Normalement, ces feux d’artifice quotidiens ne coûtent pas un centime au contribuable. En effet, les organisateurs de l’Armada assurent que ce type de frais est couvert par diverses recettes : soirées privées, redevances des stands, droits de passage des bateaux-mouches… Pour rappel, le budget total de l’Armada s’élève à 7,8 millions d’euros. Dont près de 3,2 millions de subventions publiques.

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