Aide-soignant, il se reconvertit pour « sauver la faïence de Rouen »

Alain-Pierre de Saint-Raphaël nourrit un rêve : celui de perpétuer la fabrication de la faïence rouennaise. Récemment reconverti, il se forme dans ce but. Rencontre.

Voilà deux ans qu’Alain-Pierre de Saint-Raphaël, céramiste résident de la galerie des Arts du feu, s’est lancé le défi de faire perdurer un patrimoine culturel et industriel séculaire : la faïence de Rouen.

La faïence rouennaise, un patrimoine en déclin

Ce style de faïence autrefois révolutionnaire et connu mondialement a rencontré un succès national du XVIe au XVIIIe siècles, puis a lentement décliné au point, depuis le départ de la faïencerie d’Iroise et la fermeture de celle d’Augy, de ne plus avoir de représentant dans la ville aux cent clochers. « Il y avait 22 manufactures à Rouen pendant la période la plus prospère au XVIIIe siècle, rappelle Alain-Pierre de Saint-Raphaël. Cela serait triste que cela devienne uniquement voué à être exposé dans des musées. »

La faïence de Rouen, pour le meilleur et pour le pire

Derrière ce pseudonyme d’Alain-Pierre de Saint-Raphaël se trouve Raphaël, ancien aide-soignant qui s’est lancé dans une reconversion en 2021. « Je commençais à m’imaginer en reconversion après avoir commencé des cours de poterie en janvier et le fait de voir que la boutique fermait le mois suivant m’a donné un choc. L’idée a germé ensuite sur le long terme. »

Il a toujours été sensible à la faïence de Rouen. « Ma mère en avait un peu chez elle. Pas des grandes pièces non plus, mais je passais devant tous les jours à une période. » Nombreux sont les Rouennais à avoir vu ces assiettes, plats, pots à pharmacie, carreaux ou autres objets dans leur quotidien. Pour le meilleur et pour le pire.

« Il n’y a pas eu que des belles choses ! Des poules, des canards en costard… J’entends souvent que c’est vulgaire, parce que les gens pensent aux goodies de chez mémé avec un chat à côté. Je réponds toujours : ‘Allez voir le super Musée de la céramique et ses pièces d’exception du XVIe et du XVIIe siècles. L’image que vous avez de la faïence est erronée.’ »

Alain Augy comme mentor

En plus de le faire perdurer, le but du céramiste rouennais est de redonner au genre ses lettres de noblesses, acquises du temps de Masséot Abaquesne puis des Poterat. « Mon objectif, d’ici quatre à cinq ans, est de réaliser des pièces de musée », livre-t-il sans sourciller. Il aime autant peindre des assiettes que des carreaux, représenter des décors et des blasons, et rêve de réaliser « des grands plats de 50 cm avec des lambrequins ».

Son envie de retour aux sources ne s’attache pas seulement au style, mais aussi au procédé de fabrication. « J’ai un petit terrain à la campagne que j’ai loué où je vais faire des cuissons bois, travailler une terre normande, la façonner ou l’estamper avec des moules en plâtres. »
Alain-Pierre de Saint-Raphaël sait qu’il doit encore parfaire sa pratique et a trouvé pour cela un mentor en la personne d’Alain Augy.

Il a contacté l’ancien faïencier de la rue Saint-Romain, qui profite désormais d’une retraite bien méritée. Ce dernier a accepté de le prendre sous son aile. Il se rend régulièrement à son atelier, chez lui, en Seine-Maritime.

« La faïence est un produit phare de Rouen et j’aimerais qu’elle perdure, souligne Alain Augy, qui a vendu ses réalisations à une clientèle internationale pendant 27 ans. Il n’y avait pas vraiment de relève, parce qu’il n’y avait pas beaucoup de gens capables de faire du Rouen comme on le faisait. Il faut en vouloir. J’ai accepté parce que Raphaël en veut. »

Une cagnotte pour soutenir le projet

Le faïencier croit en la réussite du projet de son élève. « On voit qu’il y a aujourd’hui un renouveau de l’intérêt pour la faïence », assure-t-il. Alain-Pierre de Saint-Raphaël abonde dans ce sens. « Il y a des jeunes qui veulent des pichets avec des cornes d’abondance, de la crédence dans leur cuisine, des blasons pour leurs mariages. »

Alain-Pierre de Saint-Raphaël espère ouvrir une boutique à Rouen. « Un local m’attend rue Eau-de-Robec d’ici un an », annonce-t-il. D’ici là, il met tous ses moyens dans la poursuite de son rêve. Il s’apprête à quitter la galerie en juin pour se dégager du temps de formation auprès de son mentor.

Reste le nerf de la guerre : l’argent. « Je suis en disponibilité du CHU, je n’ai droit à aucune aide, détaille-t-il. Je vends un peu de pièce et j’ai repris des missions de nuit comme aide-soignant, mais financièrement j’ai tout épuisé. » Afin de lancer une nouvelle production dans le style « Vieux Rouen », il a été convaincu par un ami de lancer une campagne de financement participatif. Pour tous ceux qui souhaiteraient le soutenir, il suffit de se rendre sur ce lien.

Related Posts

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *